Médiations techniques de la présence - Université de technologie de Compiègne Access content directly
Journal Articles Cahiers COSTECH - Cahiers Connaissance, organisation et systèmes techniques Year : 2023

Technical mediations of presence

Médiations techniques de la présence

Abstract

The technical developments made possible by information and digital technologies put into crisis the traditional meaning of “presence”. Opening up new experiences, they raise new questions : how can a thing or a person who is not “there” appear to me as real or present, not as a mere image, through something else (e.g. a screen) ? How can we have the feeling of “being there” without being there, immersed “elsewhere”, whether remotely or in a simulation ? Yet, these questions imply another more fundamental and often neglected one : how do these concrete and “real” things present all around in ordinary perception appear to me as being precisely present ? With the legacy of modern thought, influencing Presence Studies as well, the traditional answers to these questions are based on realistic and idealistic approaches, along with their intrinsic ontology opposing object and subject, presence and absence. On the one hand, “being there” refers to the objective thing in “real” space and time, with the technical challenge of being able to represent “reality” and make the mediation invisible (by immersiveness and realism). On the other hand, “being there” refers to the subjective experience resulting from the processing of this information through mental representations elaborated by the intellect, the cognition, the brain, possibly giving rise to an action. The mediated experience is then defined as a “psychological state”, a “perceptual illusion of non-mediation” varying in degree with respect to an ordinary (non-mediated) experience. However, these approaches, which we call the Thoughts of Representation, miss the sense of presence by reducing it to the order of (re)cognition and intelligibility, in a logic of mastership. In this work, we propose to reconsider these questions from the point of view of what we call the Thoughts of Presence, inspired by Husserl’s and Bergson’s approaches. They question this sovereignty of representation by revaluing perception, temporality, corporeality and situation ; and they redefine the meaning of being there by revealing the fundamental experience of duration, of the present, as well as the radical role of absence, in a more original and more living relationship to the world, of the order of feeling (sensing). With these contributions, we differentiate the techniques of representation, implying a reality effect, from the techniques of presentation, implying a presence effect, between adoption and production of the stream, coincidence and participation. We also deepen these historical and philosophical analyses through an experimental approach based on the minimalist method, enabling to study, on a microgenetic scale, the emergence of a shared present, dynamically co-constituted, in interactions disturbed by delays. We thus show that “real time” and realism are neither sufficient nor necessary to experience presence. Finally, if we first posit that presence precedes representation, we also consider the role of representations and technical mediations in our relationship with the world and with others, along with the idea that they diversify the modes and nature of the experience. One of the stakes of these reflections is therefore also to insist on the social, political and ethical implications of these issues, which are still little considered in contemporary works in Presence Studies, Phenomenology or Cognitive Sciences.
Les développements techniques permis par l’informatique et le numérique mettent en crise le sens traditionnel de la « présence ». Ouvrant de nouvelles expériences, ils posent de nouvelles questions : comment une chose ou une personne qui n’est pas « là » peut m’apparaître comme réelle ou présente, non comme une simple image, à travers autre chose (comme un écran) ? Comment peut-on avoir l’impression d’« être là » sans être là, immergé « ailleurs », que ce soit à distance ou dans une simulation ? Or ces questions en impliquent une autre, plus fondamentale et souvent négligée : comment ces choses concrètes et « réelles » présentes tout autour de moi dans la perception ordinaire m’apparaissent-elles comme étant précisément présentes ? Avec l’héritage de la pensée moderne, qui influence aussi les Presence Studies, les réponses traditionnelles à ces questions reposent sur des approches réalistes et idéalistes, ainsi que sur leur ontologie intrinsèque opposant objet et sujet, présence et absence. D’une part, « être là » renvoie à la chose objective dans l’espace et le temps « réels », avec l’enjeu technique de pouvoir représenter la « réalité » et invisibiliser la médiation (par l’immersif et le réalisme). D’autre part, « être là » renvoie à l’expérience subjective résultant du traitement de ces informations via des représentations mentales élaborées par l’entendement, la cognition, le cerveau, aboutissant éventuellement à une action. L’expérience médiée de la présence se définit alors en tant qu’« état psychologique », une « illusion perceptuelle de non médiation » variant en degrés par rapport à une expérience originaire (non-médiée). Cependant, ces approches, que nous appelons les Pensées de la représentation, manquent le sens de la présence en le réduisant à l’ordre de la (re)connaissance, de l’intelligibilité, dans une logique de maîtrise. Dans ce travail, nous proposons de reconsidérer ces questions du point de vue de ce que nous appelons les Pensées de la présence, inspirées par les approches de Husserl et Bergson. Ces dernières remettent en question cette souveraineté de la représentation en revalorisant la perception, la temporalité, la corporalité et la situation ; et redéfinissent l’être là en révélant l’expérience fondamentale de la durée, du présent, ainsi que le rôle radical de l’absence, dans une relation plus originaire et plus vivante au monde, de l’ordre du sentir. A partir de ces apports, nous distinguons les techniques de représentation, impliquant un effet de réel, des techniques de présentation, impliquant un effet de présence, entre adoption et production du flux, coïncidence et participation. Nous approfondissons également ces analyses historiques et philosophiques par une approche expérimentale basée sur la méthode minimaliste, permettant d’étudier, à une échelle microgénétique, l’émergence d’un présent partagé, dynamiquement co-constitué, dans des situations d’interaction perturbées par des délais. Nous montrons par là que le « temps réel » et le réalisme ne sont ni suffisants ni nécessaires à l’expérience de la présence. Enfin, si nous posons d’abord que la présence précède la représentation, nous considérons par ailleurs le rôle des représentations et des médiations techniques dans notre rapport au monde et aux autres, avec l’idée qu’elles diversifient les modes et la nature de l’expérience. Un des enjeux de ces réflexions est donc aussi d’insister sur les implications sociales, politiques et éthiques de ces problématiques, encore peu considérées dans les travaux contemporains des Presence Studies, en phénoménologie ou en sciences cognitives.
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Dates and versions

hal-04214964 , version 1 (22-09-2023)

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Cite

Gaëlle Garibaldi. Médiations techniques de la présence : Être « là », entre présentation et représentation. Cahiers COSTECH - Cahiers Connaissance, organisation et systèmes techniques, 2023, 6, ⟨10.34746/cahierscostech173⟩. ⟨hal-04214964⟩
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